Étrillé il y a une semaine au Roudourou par Hambourg, Guingamp s'est rendu hier matin pour trois jours en Allemagne. Objectif ? Apprendre un peu plus d'un adversaire aussi prévenant que courtois. «Sauf immense miracle, on est déjà éliminé. On est là pour se faire plaisir et honorer cette compétition», admettait Victor Zvunka.
Si sportivement les carottes sont cuites depuis le match aller, la délégation guingampaise a pu apprécier ce que signifie l'organisation à l'Allemande. Après deux heures de vol sans histoire, l'avion des« rouge et noir » a atterri sur les coups de midi dans la capitale hanséatique. Dès l'aéroport, le délégué du HSV prenait en charge la délégation pour la conduire à l'hôtel situé non loin de la Nord Bank Arena (57 000 places), le stade ultramoderne du leader du championnat d'Allemagne.
Un bus pour les joueurs, une voiture pour les dirigeants et un minibus pour les journalistes, chacun connaît son rôle sur les bouts des doigts. Le poids de l'habitude.«Hambourg est présent presque tous les ans dans les coupes européennes depuis les années 60. Nous n'avons pas de mérite», relativise le dirigeant du HSV ravi par son séjour en Bretagne. «Une région magnifique. En plus il a fait beau et on a gagné», s'amuse-t-il.
Village d'Astérix
17 h 15 : départ vers la Nord Bank Arena pour l'ultime entraînement. «C'est dans le cahier des charges de l'UEFA que les deux équipes s'entraînent sur la pelouse la veille du match», explique Aimé Dagorn, le chef de la délégation, en l'absence de Noël Le Graët retenu à Guingamp. Les joueurs découvrent l'immensité et la beauté du stade. «Ça donne envie de s'éclater des stades comme ça.» Dans les yeux des plus jeunes on lit le rêve d'y jouer un jour.
Un journaliste franco-allemand glisse malicieusement : «Vous avez gagné votre Coupe du monde en 1998, mais vous n'avez pris d'avance sur personne en matière d'infrastructures. Nous avons perdu la nôtre en 2006, mais nous avons désormais dix ans d'avance sur tout le monde avec la construction de stades ultramodernes. La saison passée en Bundesliga, la moyenne de spectateurs de toutes les équipes a dépassé les 40000, grâce à la qualité de l'accueil dans nos stades.»
Ce soir, la NordBank Arena ne fera sans doute pas le plein pour ce match sans enjeu, mais l'ambiance y sera comme d'habitude phénoménale. «Vous aussi dans le village d'Astérix vous avez un super-public. Franchement, je n'avais jamais vu ça. Même à 5-1, les supporters ont continué de chanter.»
Il y a une semaine, avant le coup d'envoi du match aller au Roudourou, les Guingampais caressaient l'espoir d'intégrer la phase de poules. Ils savaient qu'Hambourg était d'un calibre bien supérieur, et ils se doutaient que la partie n'allait pas être facile. Mais tant que le score était à 0-0, tous les rêves étaient permis. On connaît la suite... Balayés par une formation allemande talentueuse et efficace, les Guingampais n'ont jamais rivalisé. Pire, ils ont sans doute évolué en dessous de leur niveau.
Après une telle déroute le jeudi, l'onde de choc pouvait mettre à mal les ambitions face à Vannes le dimanche. Il n'en fut rien. Au contraire, d'ailleurs. Les Guingampais ont plongé dans ce derby comme dans un bain de jouvence. Grâce à ce retour réussi dans leur compétition nationale, les Costarmoricains ont atterri hier à Hambourg avec un capital confiance à peine écorné.
Sorti de la scène européenne avant même le match retour_à moins que les dieux du football ne prient tous ensemble pour sa cause_que vient chercher Guingamp dans le nord de l'Allemagne ? Tout bonnement une grosse séance de travail dans une rencontre officielle, face à l'une des équipes européennes les plus en forme. « On va essayer de faire du mieux possible, présente Victor Zvunka, c'est-à-dire notre boulot consciencieusement. On ne va pas se faire d'idées, on est éliminé. Mais on doit être à la hauteur de cet événement et se faire plaisir ».
Si collectivement, la tâche s'annonce compliquée pour repousser et déséquilibrer les Allemands, individuellement chacun peut se servir de ce match comme d'une référence.« Ils ne seront pas loin de la finale de Ligue Europa, qui se déroulera dans leur stade,prédit même l'entraîneur guingampais. Contre ce genre d'équipes, on doit livrer un match qui pourra nous servir pour la suite de la saison. Et pour nos jeunes joueurs, c'est un bonus ».
Après avoir fait tourner son effectif dimanche contre Vannes, quel onze de départ Victor Zvunka alignera-t-il ce soir ? Il pourrait être tenté de donner à nouveau du temps de jeu à Argelier et Delgado, auteurs de prestations remarquées face aux Vannetais. Idem pour le jeune Hervé Bazile. « En élargissant un peu le groupe, chacun se sent concerné. Ça donne des possibilités à tout le monde, et également des idées. On sait que l'équipe est solide ».
Bruno Labbadia, le coach hanséatique, pourrait lui aussi être tenté de mettre ses vedettes au repos. Dimanche, alors que Guingamp disposait de Vannes, Hambourg allait s'imposer à Wolfsburg (2-4), chez le champion en titre, invaincu sur son terrain depuis 17 mois. Autant dire qu'à Hambourg, les ambitions sont très élevées, et que ce match contre Guingamp relève plus de la formalité que du choc au sommet...
Ils étaient prévenus, « le premier quart d'heure sera capital » leur avait dit Victor Zvunka. Un devin, l'entraîneur costarmoricain? Après avoir visionné les images du dernier match des Allemands, il savait grosso modo à quoi s'en tenir. On ne marque pas trois buts en 12 minutes à Dortmund par hasard.
Pourtant prévenus, les Guingampais sombrent malheureusement trop rapidement, l'illusion ne durant que six minutes. Avant qu'Elia ne touche son premier ballon... Un débordement sur Deroff, un centre que Trévisan ne capte pas et Guerrero se charge de la punition (0-1, 7'). Guingamp tente de croire que la messe n'est pas dite. Petric prouve le contraire. Une feinte de frappe qui met la défense aux abois, et un tir qui fusille Trévisan (0-2, 11'). La naïveté guingampaise est criante. C'est encore le cas quand Guerrero ajuste Petric, qui, seul dans la surface de réparation, s'amuse de la tête (0-3, 26'). Hambourg, tellement facile, ne fête même pas cette 3e réalisation.
« On les a mis trop rapidement dans les meilleures dispositions, analysera, plus tard, l'entraîneur guingampais. Mais on a vu aussi le fossé entre une très grande équipe et nous ». Un fossé bien profond.
Le 4e but, qui était au bout du soulier de Petric sur une superbe volée (28') ou de Ze Roberto (38'), est l'oeuvre de Berg. Là encore, tout un symbole. Trochowski tire le corner, Bellugou ne sent pas Berg lui passer devant. Sa tête plongeante est de toute beauté (0-4, 51').
Avec un score d'une telle ampleur, la différence de niveau devient moins marquée. Guingamp court moins dans le vide, conserve quelques ballons, et se rapproche même du but allemand sur coups de pied arrêtés. Les Bretons ont deux grosses occasions de but par Mathis (66', 88'). Après un 5e but allemand, le troisième de Petric (0-5, 87'), ils parviennent à sauver l'honneur sur un centre tendu de Deroff (1-5, 88').
« On avait beaucoup de respect pour cette équipe, commentera Bruno Labbadia, le coach hambourgeois. Je les savais capable de tenir un score. L'objectif était donc de les étouffer par un pressing constant et beaucoup de mouvements. Pour nous, c'est le score idéal. On peut rentrer tranquillement à la maison ». Guingamp, de son côté, devra rapidement digérer. Dimanche, se présente un premier derby face à Vannes. « On espérait faire un autre résultat. Mais, ce soir, mes joueurs ont appris pour le reste de la saison. »
Les Guingampais se sont entraînés ce mercredi après-midi. Au programme de cette ultime séance d'entraînement, échauffement, travail de vivacité, jeu et coups de pied arrêtés. Victor Zvunka a ensuite dévoilé un groupe de 18 joueurs pour la réception d'Hambourg en match de barrage aller d'Europa League. Christian Bassila qui souffre d'une élongation est forfait pour cette rencontre.
Son nom évoque forcément quelque chose. A 35 ans, le Brésilien Ze Roberto fait aujourd'hui les beaux jours d'Hambourg, après six saisons passées au Bayern Munich. Ce soir, son coup d'oeil et sa patte gauche seront l'ennemi n° 1 des Guingampais, rarement confrontés à des joueurs de cette trempe. De sa neutralisation dépendra nécessairement l'issue de la rencontre. Les troupes de Zvunka sont prévenues. « Pas besoin de faire sa carte de visite, clame l'entraîneur costarmoricain. Tout le monde le connaît, c'est le métronome de l'équipe. »
La technique d'abord
S'il occupait souvent le couloir gauche au Bayern, Ze Roberto évolue désormais dans l'axe aux côtés d'un autre joueur expérimenté, David Jarolim. « Dans cette équipe, tous les joueurs nous embêtent, concède Zvunka. Ils ont tous quelque chose de beau. » Ze Roberto, de par sa réputation et son passé, cristallise cette congrégation d'étoiles. Christian Bassila, qui a évolué en Bundesliga sous les couleurs de Cottbus, a déjà croisé le fer avec le Brésilien. « Ce n'est pas quelqu'un qui va au duel comme Ballack ou Frings. En revanche, dès qu'il a le ballon, il crée le danger très rapidement. »
Au-delà des mots, les chiffres. Ze Roberto peut se targuer d'avoir un palmarès hors du commun, digne des plus grands joueurs européens. Sous les couleurs bavaroises, il réalise quatre doublés Coupe-Championnat (2003, 2005, 2006, 2008) et remporte une Coupe de la Ligue (2007). Mais c'est au Bayer Leverkusen, quelques années plus tôt, que le gaucher a explosé. Au milieu d'autres futurs grands noms (Bastürk, Ballack, Lucio), Ze Roberto atteint la finale de la Ligue des Champions (2002), rendue célèbre par une géniale reprise de volée d'un certain Zinédine Zidane. Le Real Madrid, justement. Repéré au Brésil où il fait des merveilles, il rejoint le club merengue en 1996. Il a 22 ans. Alors peu utilisé (15 matchs en deux saisons), il accroche à son palmarès la prestigieuse Ligue des Champions (1998).
La Seleçao dès 1995
Le natif de São Paulo compte également 86 sélections avec le Brésil. Aux côtés de Ronaldo, Ronaldinho et consorts, il remporte la Coupe des Confédérations en 2005. Il met un terme à sa carrière internationale à l'issue de la Coupe du Monde 2006 et d'une amère défaite face aux Français (0-1).
Malgré ses 35 printemps, Ze Roberto reste un joueur tonique et véloce. Il est habité par la constante volonté d'aller vers l'avant et de se projeter rapidement sur le but adverse. Plus qu'un relayeur, il reste un meneur de jeu dans l'âme. Ce soir au Roudourou, l'artiste éblouira les amateurs de football et tous les orphelins d'Oruma, autre enchanteur du dribble et des passes magiques. Spectacle garanti.
Le tirage au sort de l'Europa League avait lieu ce midi. Guingamp était concerné par ce tirage ayant gagné son billet en remportant la coupe de France. Les guingampais joueront contre Hambourg SV. Un tirage plutot difficile pour les bretons face à un club réputé d'Allemagne. Les matchs se dérouleront les 20 et 27 août prochains.